
Je veux que tout s'arrête, je n'en peux plus...
Elle a le ton éteint.
Elle pense qu'elle a envie de disparaitre.
Elle a envie d'avoir le droit de choisir. En plus de l'épuisement, elle se sent peser sur lui, tellement.
Elle n'accepte pas le fait de gâcher la vie de son bien-aimé .
Qu'est-ce qu'elle a donné de bon, avec toutes ces peurs et cette souffrance partagées?
Tu dois positiver.
Il la serre dans ses bras. Il a l'impression d'avoir une poupée de chiffon entre les mains. Non, il reste encore un peu de
vie. Il y a une lueur dans ses yeux.
Tu n'as pas le droit d'abandonner...Tu es vivante.
Silence de la douleur étranglée.
La douleur partagée.
Il pleure. Pour la première fois.
Un fleuve d'amour et de peine, le fleuve du présent.
Elle se dit que les hommes ne pleurent pas. Surtout lui.
Elle le voit pleurer pour la première fois.
C'est donc un événement.
On peut marquer cette journée d'une croix...de qu'elle couleur? Rose, pourquoi pas.
C'est une pensée stupide, pense-t-elle, mais ça soulage un peu sa rage.
Car a l'intérieur de cet être à l'apparente apathie, la vie bouillonne.
Au point d'avoir souvent envie de hurler. Ce côté animal et instinctif qui ressurgit par moment, l'envie de mordre la vie à
pleines dents.
Elle est touchée, comblée même, à la vue de ces larmes. C'est que le sujet a été évité pendant des mois...
La peine de son mari la rassure et la soulage. Elle avait tellement peur de perdre l'être qu'elle aime le plus au
monde.
Il aime mon âme, se dit-elle.
Elle pourrait presque mourir de bonheur maintenant.
Surtout quand on cherche tout une vie à se rassurer sur l'amour qu'on nous porte.
La maladie-cadeau.
Surtout quand on n'a jamais vécu.
Il s'emporte. La passion se mêle à la raison.
Tu le sais, je te l'ai déjà raconté. À l'hôpital on sait très bien qui va s'en sortir et qui va y passer, rien qu'au
comportement. Je n'ai pas envie que tu partes, même si ça n'a pas toujours été simple entre nous. Je t'aime, tu comprends...
Son mari est fort.
Son coeur chavire encore.
Pulsion de vie réanimée.
Aujourd'hui tout est prétexte à la mort.
Maintenant, elle pense à la petite mort...Alors elle se donne encore le droit d'y penser.
Elle décide de rester.
Merci Ka pour ton soutien !
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